Le sommeil du nourrisson est l’un des sujets qui suscitent le plus d’interrogations chez les jeunes parents. Entre recommandations médicales, traditions familiales et conseils trouvés en ligne, il est difficile de savoir à quoi s’en tenir. À quel âge un bébé fait-il ses nuits ? Faut-il répondre à ses pleurs nocturnes ? Le cododo est-il dangereux ? Pour y voir plus clair, nous avons confronté les croyances populaires aux données scientifiques les plus récentes.
Les besoins de sommeil varient selon l’âge
Le besoin de sommeil d’un enfant n’est pas linéaire et dépend de nombreux facteurs, notamment l’âge, le tempérament et l’environnement.
Selon l’Institut national du sommeil et de la vigilance (INSV), un nouveau-né dort en moyenne entre 16 et 20 heures par jour durant les premières semaines. Ce temps diminue progressivement : vers 6 mois, la moyenne se situe entre 13 et 15 heures par jour, dont une grande partie la nuit si les conditions sont réunies.
Il est important de souligner que la fameuse expression « faire ses nuits » désigne généralement une période de sommeil d’environ six heures consécutives, souvent atteinte vers 3 à 6 mois, mais avec de grandes variations individuelles.

Le mythe des « mauvaises habitudes »
Beaucoup de parents s’inquiètent de créer de « mauvaises habitudes » en répondant aux pleurs nocturnes ou en berçant leur bébé pour l’endormir. Pourtant, plusieurs études indiquent que la réponse rapide aux pleurs favorise un attachement sécurisant, ce qui contribue à une meilleure qualité de sommeil à long terme.
Une enquête de Santé publique France, menée en 2021, révèle que 80 % des enfants réveillent leurs parents au moins une fois par nuit jusqu’à 8 mois. Ces réveils sont normaux et souvent liés à des cycles de sommeil encore immatures.
Laisser pleurer un bébé, notamment dans une logique de conditionnement, peut accroître le niveau de stress et de cortisol, surtout avant 12 mois. Les spécialistes de la petite enfance s’accordent à dire qu’un accompagnement progressif, respectueux du rythme de l’enfant, est préférable.
Le cododo : entre proximité et sécurité
Pratiqué dans de nombreuses cultures, le cododo – le fait de dormir dans le même lit ou dans la même chambre que son bébé – suscite un débat récurrent en France. Selon une étude de l’Ined publiée en 2022, près de 45 % des parents français disent avoir partagé leur lit avec leur bébé au moins occasionnellement durant la première année.
Cette pratique n’est pas sans risque lorsqu’elle n’est pas encadrée. La Haute Autorité de Santé (HAS) recommande d’opter pour un lit cododo attenant, homologué, et déconseille le partage du lit parental si l’un des adultes est fumeur, a consommé de l’alcool, ou est très fatigué.
Cela dit, lorsque le cododo est pratiqué dans des conditions sécurisées, il peut faciliter l’allaitement et renforcer le lien parent-enfant, tout en réduisant les réveils nocturnes.
Sucette, bercement et rituels : alliés ou pièges ?
Autre source de confusion : l’utilisation de la sucette ou du bercement pour endormir bébé. Certains craignent que cela crée une dépendance, d’autres y voient une aide précieuse.
Selon une publication de l’Organisation mondiale de la santé, l’usage modéré de la sucette n’entrave pas le développement du sommeil ni de l’attachement, surtout après les premières semaines de vie. Par ailleurs, plusieurs études ont montré que la tétine pourrait réduire les risques de mort subite du nourrisson, bien que les mécanismes exacts soient encore mal compris.
Le bercement, quant à lui, mime le mouvement intra-utérin. Il active un réflexe d’apaisement bien documenté par les neuroscientifiques. Couplé à des rituels cohérents (bain, histoire, chanson douce), il crée un climat de sécurité favorable à l’endormissement.
L’impact du sommeil parental
Un élément souvent négligé dans les discussions sur le sommeil du bébé est celui des parents eux-mêmes. Un rapport de l’URSSAF France (2022) sur la santé mentale post-natale note que 30 % des parents souffrent de troubles du sommeil sévères durant les six premiers mois après la naissance.
Ce déficit chronique peut entraîner une fatigue intense, des difficultés de concentration, voire des épisodes dépressifs. Il est donc essentiel de ne pas culpabiliser de chercher des solutions pratiques, même si elles ne correspondent pas aux modèles idéaux promus par certains ouvrages ou forums.
L’entourage et les dispositifs de soutien parental, comme les PMI ou les réseaux de périnatalité, peuvent accompagner les familles dans la recherche d’un équilibre plus réaliste.

Les siestes, essentielles mais souvent sous-estimées
Si les nuits polarisent l’attention, les siestes jouent un rôle tout aussi crucial dans le développement neurologique et émotionnel du bébé. Selon les données de l’INSEE, un bébé de 6 mois fait encore deux à trois siestes par jour, souvent réparties entre le matin, l’après-midi et le début de soirée.
Les siestes permettent une meilleure régulation de l’humeur, une consolidation de la mémoire et un apaisement général du système nerveux, en particulier dans les phases de croissance intense. Respecter les signes de fatigue (regards fuyants, frottements des yeux, agitation) est plus pertinent que de se baser sur l’heure seule.
Vers une approche plus nuancée
En somme, le sommeil des bébés ne répond pas à un modèle unique. Il s’agit d’un processus progressif, dynamique et influencé par de nombreux paramètres : la santé de l’enfant, le contexte familial, le mode de garde, les valeurs éducatives. Distinguer le vrai du faux exige de s’appuyer sur des données fiables et d’accepter que chaque bébé suive un chemin singulier.
Si la vigilance s’impose sur certains points (sécurité, bien-être émotionnel, rythme de vie), il n’en demeure pas moins que le bon sens parental, la bienveillance et l’adaptabilité restent les meilleurs repères pour traverser cette période.
Sources :
INSEE, INED, Santé publique France, URSSAF.fr, HAS, Service-public.fr (données entre 2020 et 2024).





